Agerix et la complexité projet : une approche structurée avec le framework Cynefin
Mis a jour le12 juin 2025· Publie le11 juin 2025 | Eric Lamy | 6 min de lecture
Comment réagir quand un projet d’application métier bascule dans la complexité ? Chez Agerix, nous nous appuyons sur le framework Cynefin pour adapter nos choix techniques et notre gestion de projet en fonction du contexte. À travers l’exemple du site de Julie Pujols, nous partageons notre approche concrète d’un projet qui, malgré un cahier des charges clair, a exigé une réinvention complète de l’architecture et des méthodes.
Un cahier des charges bien rédigé donne souvent l’impression que le projet est clair, structuré, maîtrisable. Pourtant, même les demandes les plus précises peuvent révéler une réalité bien plus mouvante dès que l’on entre dans le concret. Pour un bureau d’étude comme Agerix, spécialisé dans le développement d’applications métiers, cette bascule entre théorie et pratique fait partie du quotidien. Elle demande de savoir s’adapter sans perdre de vue les objectifs, de garder une vision d’ensemble tout en avançant dans le détail.
C’est dans cet esprit que nous nous appuyons sur le framework Cynefin, conçu par Dave Snowden.
Le modèle Cynefin n’est pas une matrice 2×2 « catégorisante » habituelle. C’est un modèle qui émerge pour donner du sens à des dimensions existantes, mais dont les frontières sont parfois floues. C’est la raison pour laquelle les lignes délimitant les différents contextes ne sont pas droites. Le modèle distingue une nature « prévisible » sur la droite du modèle et « imprévisible » sur la gauche.

Il s’agit d’un outil d’aide à la décision qui permet de catégoriser une situation selon quatre domaines d’action :
- Le domaine évident, où les solutions sont connues et reproductibles,
- Le domaine compliqué, où l’expertise permet de trouver une réponse,
- Le domaine complexe, où les réponses émergent par expérimentation,
- Le domaine chaotique, où il faut d’abord rétablir un minimum d’ordre avant d’agir.
Si vous préférez, voici comment je pourrai résumer le concept :
Relations de cause à effet évidentes. Meilleures pratiques applicables.
Meilleures PratiquesRelations de cause à effet analysables. Expertise requise.
Bonnes PratiquesRelations de cause à effet non prévisibles. Approche expérimentale.
Pratiques EmergentesAucune relation perceptible. Action immédiate nécessaire.
Nouvelles PratiquesCynefin ne cherche pas à enfermer les projets dans des cases, mais à éclairer la nature du problème auquel on est confronté pour mieux ajuster sa manière d’y répondre. Ce cadre de réflexion nous permet de distinguer ce qui peut être planifié de ce qui doit être exploré, ce qui peut s’optimiser de ce qui doit d’abord se comprendre.
Nous avons choisi d’illustrer cette approche avec un projet que nous connaissons bien : le site de Julie Pujols, qui propose des contenus en ligne autour du développement personnel et du pilates. À première vue, la demande était simple. Elle ne l’était pas. Et c’est justement ce type de situation qui révèle l’intérêt d’un framework comme Cynefin.
Adapter la posture dès le départ
Lorsque l’équipe technique de Julie Pujols nous a sollicités, la demande semblait claire : améliorer l’existant, intégrer une boutique, permettre l’achat de box de vidéos, et relier le tout à la passerelle de paiement Stripe. Le site reposait déjà sur Joomla et sur le composant OSMembership Pro pour la gestion des abonnements. Il s’agissait donc, sur le papier, d’enrichir une base fonctionnelle connue. Rien ne laissait penser que le projet allait exiger un an de développement.
Très rapidement, nous avons identifié un premier point de friction. Le composant en place, bien que robuste pour des logiques d’adhésion simples, ne permettait pas de répondre aux besoins exprimés : vendre à la fois des abonnements, des produits physiques, et des box de vidéos dans un seul parcours d’achat. Aucun composant du marché ne permettait une telle combinaison. Il fallait donc repartir de zéro, avec un développement sur mesure, capable de gérer plusieurs types d’objets, des règles différentes, et des options complémentaires comme le bundle (abonnement + produit) ou l’upsell.
Ce genre de découverte, fréquente dans les projets complexes, oblige à ajuster la posture initiale. Nous ne sommes plus dans un cadre où l’on peut planifier l’ensemble à l’avance. Il devient nécessaire de travailler par itérations, de valider chaque étape, d’accepter que certaines réponses ne viendront qu’en chemin. À titre d’exemple, le simple fait d’introduire des produits physiques dans le tunnel d’achat a soulevé des enjeux inattendus : alors qu’un abonnement ne nécessite qu’une adresse de facturation, un produit physique suppose une adresse de livraison, un suivi de stock, des règles de frais de port. Ce qui, au départ, ressemblait à un ajout fonctionnel mineur s’est transformé en révision complète du checkout.
Le framework Cynefin prend tout son sens dans ces moments-là. Il invite à reconnaître qu’une partie du projet entre dans une zone d’incertitude. Ce n’est pas un échec de la préparation, c’est une caractéristique du terrain. Vouloir tout maîtriser dans ce type de contexte conduit souvent à des blocages. Accepter la complexité, au contraire, permet de maintenir une trajectoire solide tout en laissant place à l’adaptation.
Concevoir l’architecture en fonction de la complexité
Le défi technique : concevoir une architecture unique capable de gérer des objets aux logiques divergentes sans compromettre l’expérience utilisateur.

Une fois la posture de gestion ajustée, encore faut-il que le développement suive la même logique. Sur le projet des Cours de Julie, les besoins exprimés touchaient à des domaines très différents : abonnements, boutique, accès vidéo, tunnel de paiement, et logique promotionnelle. La difficulté ne venait pas de chaque fonctionnalité prise isolément, mais de leur combinaison, de leurs interdépendances, et des ajustements nécessaires pour garantir une expérience fluide.
Le premier défi a été de concevoir un système capable de gérer des objets aux comportements très différents dans un seul panier. L’abonnement déclenche un accès dans le temps, le produit physique doit être livré, la box vidéo ouvre un contenu défini pour une durée limitée. Il ne s’agissait pas d’empiler des modules, mais de concevoir une logique centrale capable de traiter ces objets de manière cohérente, de gérer leurs contraintes respectives, et d’interfacer le tout avec Stripe.
Ce développement a nécessité la création d’un composant multi-panier sur mesure, pensé dès le départ pour accueillir plusieurs types de contenus et permettre des combinaisons entre eux. À cela se sont ajoutées des briques fonctionnelles spécifiques : un système de box de vidéos thématiques, un module de bundles associant produits physiques et abonnements, une mécanique d’upselling intégrée au parcours d’achat, un moteur de coupons flexible, et une synchronisation complète des comptes utilisateurs lors du passage à la nouvelle version du site.
Le framework Cynefin nous a servi de repère tout au long de ces développements. Certaines fonctionnalités pouvaient être spécifiées en détail, découpées, développées, testées, stabilisées. D’autres devaient au contraire être explorées, mises en maquette, testées en conditions réelles, ajustées après usage. Nous avons alterné entre ces deux logiques : structuration rigoureuse d’un côté, prototypage pragmatique de l’autre. Ce n’est pas un choix méthodologique, c’est une réponse naturelle à la nature du problème.
En travaillant ainsi, nous avons évité deux pièges fréquents : celui de vouloir figer trop tôt une architecture qui n’était pas encore mûre, et celui de laisser la complexité s’installer sans cadre. Ce que permet le framework Cynefin, ce n’est pas de simplifier le projet, mais de reconnaître que toutes les briques ne relèvent pas du même registre, et que la manière de les développer doit en tenir compte.
Penser projet et développement comme un système vivant
Le projet Julie Pujols a été l’occasion d’observer à quel point les dimensions fonctionnelle, technique et stratégique sont liées. D’un côté, il fallait répondre à une vision claire : offrir une plateforme moderne, fluide, capable de vendre à la fois des abonnements, des box vidéo et des produits physiques. De l’autre, il a fallu reconnaître que cette vision passait par des chemins plus sinueux qu’anticipé. Chaque décision prise sur une fonctionnalité en affectait une autre. Chaque ajout technique avait un impact sur le parcours client. Chaque contrainte rencontrée redéfinissait l’équilibre global.
Dans ce contexte, le framework Cynefin n’est pas seulement un outil d’analyse. Il devient un langage commun. Il permet de faire comprendre au client pourquoi certaines choses avancent vite et d’autres demandent du temps. Il aide à structurer les échanges entre l’équipe projet et les développeurs. Il rappelle qu’il n’y a pas d’opposition entre rigueur et adaptation, mais qu’il faut savoir quand l’une prend le pas sur l’autre.
Tout au long de ce projet, nous avons navigué entre des zones de certitude et des zones d’exploration. Certaines briques techniques ont pu être posées de manière directe, avec des spécifications stables. D’autres ont demandé plusieurs essais, des retours, des ajustements, parfois même une remise à plat. En abordant le projet comme un système vivant, en acceptant que certaines réponses n’existent pas encore au moment de la conception, nous avons pu construire une solution robuste, cohérente, et surtout adaptée à la réalité de l’usage.
Ce positionnement est au cœur de notre manière de travailler. Il ne s’agit pas de livrer une série de fonctionnalités, mais de concevoir une application métier qui tient dans le temps, qui accompagne un modèle économique, et qui reste évolutive. Le framework Cynefin nous aide à le faire avec lucidité.
Le point de vue Agerix
Si il y a une chose que notre expérience de bureau d’études nous a appris au fil des années, c’est qu’il n’y a pas de méthode unique pour mener à bien un projet d’application métier. Certains besoins se planifient, d’autres s’éprouvent. Certaines solutions se dessinent dès le départ, d’autres émergent au fil du développement. Ce qui fait la différence, c’est la capacité à reconnaître la nature du problème que l’on a en face de soi, et à ajuster sa manière d’y répondre.
Le framework Cynefin nous accompagne précisément dans cette démarche. Il ne remplace ni l’expérience ni l’expertise, mais il aide à poser les bonnes questions au bon moment. Faut-il suivre une procédure ? Faut-il consulter des experts ? Faut-il expérimenter ? Faut-il agir immédiatement ? Ce cadre nous permet de choisir la bonne approche sans perdre de vue l’objectif final : livrer un outil fiable, cohérent, et réellement utile.
Chez Agerix, nous ne considérons pas la complexité comme un obstacle. Nous la voyons comme une donnée à intégrer, à décoder, à travailler. C’est cette posture qui nous permet d’aborder des projets ambitieux, avec méthode mais sans rigidité, avec rigueur mais sans certitudes figées.
Foire aux questions
Pour en savoir plus
Si vous voulez aller plus loin dans le concept du Framework Cynefin, je vous conseille de regarder cette vidéo où Dave Snowden explique lui même en quoi cela consiste
Questions fréquentes
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Le framework Cynefin est un outil d’aide à la décision qui classe les situations en quatre domaines : simple, compliqué, complexe et chaotique. Il permet aux équipes de comprendre la nature du problème et d’adopter la stratégie adaptée : appliquer, analyser, expérimenter ou réagir. Ce cadre est particulièrement utile dans les environnements incertains ou évolutifs.
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Le développement d’applications métiers implique souvent des enjeux évolutifs, des interactions multiples et des attentes spécifiques. Le framework Cynefin aide à distinguer les parties planifiables du projet des zones à explorer. Il permet d’ajuster les méthodes de travail à la réalité du terrain tout en gardant un cap clair vers les objectifs métier.
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Un projet compliqué peut être résolu par des experts avec des analyses précises. En revanche, un projet complexe implique des interactions non linéaires et des éléments imprévisibles. Il faut donc expérimenter, tester, ajuster. Cynefin aide à faire cette distinction pour éviter d’appliquer des méthodes rigides à des situations mouvantes.
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Cynefin apporte de la clarté sur la nature des défis rencontrés dans un projet numérique. Il permet de choisir l’approche adaptée : rigueur analytique dans le compliqué, itération dans le complexe, réponse rapide dans le chaotique. Cela favorise une meilleure gestion des risques, des ressources, et de la communication projet.
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Dans un projet complexe, les réponses ne sont pas connues à l’avance. Cynefin propose une approche fondée sur l’exploration et l’apprentissage en continu. Cela évite de figer des décisions trop tôt et permet d’évoluer avec les découvertes terrain. Il en résulte un projet plus robuste, plus cohérent et plus proche des besoins réels.
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Parce qu’il implique des processus internes propres à chaque organisation, des interactions utilisateurs variées et des besoins évolutifs. Les relations de cause à effet sont rarement linéaires. Le framework Cynefin aide à accepter cette réalité et à structurer le projet sans chercher à tout verrouiller d’emblée.
Eric Lamy
Publié le 11 juin 2025 — mis à jour le 12 juin 2025
